PSYCHOLOGIE DE L’ADOLESCENCE
(Orateur : Madame Henriette BARRY)

 

INTRODUCTION
" Adolescence " vient du latin "adolescence ", c’est à dire "grandir vers " (ad = vers ; olescere croître, grandir)
L’adolescence est ainsi une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, en fait le dernier stade de l’enfance et le premier de l’âge adulte.
Mais, quand l’enfance se termine t-elle exactement ? Et quand commence l’âge adulte ?
Ces imprécisions rendent difficile la définition exacte de l’adolescence car ses limites peuvent être différentes selon les dimensions biologiques, psychologique, et sociale du développement.
Le concept même a beaucoup évolué selon l’histoire. Aujourd’hui cependant, on considère comme adolescents les jeunes de 12 à 18 – 2O ans, même si l’école contribue à maintenir dans cette étape de développement des jeunes plus âgés. Disons donc que l’adolescence est une période de mutation de transformation qui va faire passer l’individu de l’enfant à l’adulte, homme ou femme, avec des caractéristiques bien
définies. C’est un temps du devenir, de la construction de soi. L’adolescent n’est plus un enfant parce que son corps et ses capacités intellectuelles changent, il n’accepte plus d’être mis sous tutelle, et même si sa morphologie le rapproche de l’adulte, il ne l’est pas encore, parce qu’il lui manque le discernement et l’expérience de la vie, il dépend toujours de sa famille. Lui-même doit s’adapter aux transformations qu’il subit et réussir aux conditions dictées par la société pour parvenir au statut d’homme ou de femme.
I/ La croissance physique à l’adolescence et impact psychologique.
La période de l’adolescence débute avec la puberté qui marque la maturité
sexuelle.
Celle-ci se manifeste par la modification des caractéristiques sexuelles primaires et secondaires qui entraîne la nette distinction de l’apparence en fonction du sexe.
Le début et le rythme de la puberté ne sont pas les mêmes pour les filles et les garçons et à l’intérieur de chaque groupe, ils varient en fonction de nombreux paramètres (hérédité – taille – nourriture – milieu socio – culturel – expérience sportive etc.)
On note cependant une explosion de croissance qui produit une véritable métamorphose du corps (taille, poids, capacité musculaire, capacité pulmonaire, volume sanguin).
La maturation du système nerveux en déclenchant le fonctionnement du système endocrinien provoque l’apparition des caractères sexuels secondaires.
Tous ces changements sont vécus plus ou moins positivement par les adolescents en fonction de leur milieu. En effet, les réactions de la famille, des camarades, des autres membres de la société face aux transformations subies par l’adolescent influencent sa manière de se voir, de s’accepter, de se valoriser.
En effet, sur le plan psychologique, le corps est le premier point de repère de l’enfant, le premier univers connu. Ses premières représentations et activités mentales se construisent à partir de l’exploration du corps et des effets de ses activités dans l’environnement physique et social. Les changements du corps à l’adolescence vont remettre en question la référence de base qu’est le corps. Le jeune doit redécouvrir son corps car son corps et l'identité personnelle sont socialement indissociables. Or la transformation s’est faite sans qu’interviennent sa volonté et pas toujours conforme à l’idéal visé. L’adolescent doit alors accepter sa nouvelle image.
Un autre élément important du vécu psychologie, c’est l’effet du rythme de maturation : la maturité précoce n’a pas le même impact que la maturité tardive.
Selon les milieux, la première peut comporter des avantages pour le garçon (statut social plus élevé auprès des pairs, impact hétérosexuel plus grand, succès athlétique plus faciles…) et la seconde, ternir son image, inhiber ses comportements d’interaction sociale, susciter des sentiments de rejet et d’impuissance.
Chez les filles, la précocité est mal jugée et pousse à se cacher, tandis que le retard appelle la pitié, dans les deux cas un sentiment de malaise et d’insécurité.
Notons encore que les transformations physiques et physiologiques peuvent entraîner une plus grande fatigue, réduire la concentration, tous phénomènes qui peuvent perturber la production (résultats scolaires) chez les élèves du premier cycle.
Comme c’est l’image sociale du corps qui est à l’origine des effets psychologiques positifs ou négatifs, la famille (parents) et l’école (les enseignants) peuvent les contrôler par une attitude positive et valorisante.
II – Le développement de l’intelligence à l’adolescence et son impact.
En même temps que les transformations physiologiques, l’ensemble des activités mentales connaissent une restructuration importante : de nouveau outils de pensée vont se développer et exercer leur activité sur des contenus jusqu’ici inaccessibles (notions de proportions, de probabilités, de corrélations…). Le jeune peut réfléchir dorénavant sue la justice sociale, la qualité morale de la conduite d’autrui l’image que les autres ont de lui.
L’adolescence découvre les facettes complexes des relations interpersonnelles.
Sa propre théorie explicative du comportement d’autrui évolue en même temps qu’il apprend à se connaître lui-même. Il peut réfléchir sur des concepts, penser à des
pensées. L’activité mentale connaît des transformations profondes car la pensée devient adulte : c’est ce qu’on appelle une pensée formelle. Capable de considérer plusieurs facteurs à la fois pour comprendre des situations complexes, élaborer des projets sans être lié au concert, effectuer des analyses et déductions impossibles à l’enfant (comprendre et critiquer les positions des adultes par exemple).
L’adolescence s’accompagne donc d’une réorganisation de l’appareil conceptuel.
L’innovation importante étant la capacité de passer du réel au possible, c’est à dire sortir du concret pour accéder à l’abstrait, à l’hypothèse, à la déduction.
Le raisonnement formel organise l’action de faon hypothético-déductive (à partir de la formulation préalable d’hypothèse, conception d’un plan d’expérience, expérimentation-déduction d’une conclusion à partir des résultats obtenus) tandis que le raisonnement concret de la période antérieure (7 –12 ans) fonctionne de proche en proche, d’une situation concrète à l’autre.
Le raisonnement formel permet de dégager des principes de l’observation du réel, de dépasser la situation concrète et de tirer des lois généralisables, c’est à dire s’appliquant à tous les cas possibles.
La pensée formelle possède une série de caractéristiques axées vers une maîtrise plus grande de la capacité de s’adapter : elle est :
- Hypothético – déductive (hypothèse – vérification – déduction de conclusions appropriées)
• Indépendante du contenu sur lequel elle porte puisqu’elle peut fonctionner à un degré abstrait.
• Combinatoire parce qu’elle permet d’accéder à tous les cas possibles d’une situation.
Elle permet de résoudre des problèmes multidimensionnels en intégrant plusieurs
variables à la fois et d’effectuer des opérations au second degré. La pensée formelle
continue à se développer à l’âge adulte.
Il ne faut cependant pas croire que la fonction cognitive donne à tous les hommes la même capacité de résoudre des problèmes, c’est à dire même rendement. Le style cognitif est une source de différence interindividuelle, ce qui signifie qu’à QI égal, deux personnes peuvent affiche un style cognitif différent : leur approche des problèmes, leur façon de choisir une stratégie ou de sélectionner l’information peuvent être différentes de façon constante.
Le style cognitif influence de façon significative les relations que l’adolescent établit avec son entourage physique et social par les mêmes conditions psychologiques qu’il y détermine.
Entreprenant les deux pôles extrêmes, d’une dimension cognitive, nous pouvons mieux comprendre la situation.
* Style Réflexivité – impulsivité
Les sujets impulsifs ont tendance à réagir promptement sans examiner toutes
les données de la situation. En classe, leur rendement est généralement inférieur à ce qu’il pourrait être si leurs capacités étaient mieux exploitées.
• L’adolescent impulsif
• Succombe facilement à son empressement dans une situation où il faut avoir toutes
les informations pertinentes en main avant d’envisager une solution.
• Se laisse rapidement séduire par l’attrait du succès, et se laisse aller au découragement dans l’échec.
• Aime le risque, les situations nouvelles, les grands groupes.
• L’adolescent réfléchi
• Examine toutes les possibilités avant de décider
• Prend du temps pour répondre car apprécie la reflexion
• S’efforce d’éviter l’échec qu’il redoute
• Est posé, réservé et plutôt incommodé par l’imprévu
• Axe : contrôle interne – contrôle externe de renforcement
La notion de contrôle porte sur l’interprétation par des renforcements qu’il reçoit, c’est à dire sur la perception d’une relation causale entre le comportement et les récompenses punitions qui s’en suivent.
• Si la personne croit que ce qui lui arrive dans la vie dépend des efforts qu’elle fait ou de son comportement, elle adhère à un style de contrôle interne.
• Si elle croit que les récompenses ou punitions qui surviennent dans sa vie sont causée par des facteurs autres que le comportement personnel (ex : la chance, la destinée, la superstition …) elle a un type de contrôle externe. Le style cognitif d’attribution de ce qui arrive influencera l’ensemble des projets personnels, des efforts pour réussir et même des stratégies employées pour atteindre les buts fixés.
• Style : dépendance – indépendance perceptuelle
• *La personne qui est dépendante du champ organise son espace perceptuel à partir d’indices apparents plutôt qu’à partir de bases intérieures à elle – même. Elle subit ainsi l’influence des apparences du contexte immédiat où elle évolue.
• Le style indépendant résiste aux indices environnementaux et organise son espace selon des indices intérieurs à lui-même.
Le style cognitif intervient donc pour influencer l’ensemble des adaptations que l’adolescent doit réaliser autant dans le domaine scolaire et interpersonnel que face aux défis personnels qu’il se pose, aux décisions qu’il prend, aux types de relations qu’il entretient avec son milieu. Chaque adolescent est unique dans son fonctionnement cognitif.
III. Le développement social à l’adolescence
La socialisation (processus d’acquisition des comportements, attitudes et valeurs nécessaires à l’adaptation sociale de l’individu) se poursuit pendant l’adolescence.
La société attend que l’adolescent assume un rôle social masculin ou féminin. Celui – ci n’a plus le choix, il doit faire face à une nécessité. Les attentes sociales sont sous – tendues par les notions de responsabilités, de devoir, d’autonomie. La société réclame des progrès tout en résistant aux conquêtes des jeunes. Sa structuration ne leur facilite pas la tâche. Le comportement de ses adultes qui devraient être des modèles laisse à désirer.
Grâce à sa nouvelle capacité d’analyse, l’adolescent découvre que les règles sociales sont souvent bafouées par les adultes eux-mêmes, il réévalue plusieurs notions morales. En constatant qu’il n’est pas toujours avantageux de se conformer aux règles, il remet en question ses adhésions aux divers codes qui lui ont été inculqués. Il découvre l’écart entre la réalité sociale et les valeurs qu’on lui a présenté depuis l’enfance, il est déçu et ses déceptions provoquent un rejet plus ou moins radical du monde adulte et de son caractère artificiel. Il se réfugie auprès de ses pairs et cherche de nouveaux héros.
Cette révolte plus ou moins ouverte et agressive peut s’estomper si le milieu le comprend ou s’il trouve dans ses groupes d’appartenance les satisfactions qui le réconcilient avec la société. Il apprendra alors à se battre avec calme, constance et souplesse pour conquérir son autonomie et le statut d’adulte.
IV – Le développement affectif à l’adolescence
Tout comme l’enfant et d’adulte, l’adolescent à besoin d’être aimé et se sentir en
sécurité. C’est d’abord aux parents de combler ces besoins affectifs en lui apportant un amour inconditionnel, une autorité ferme et une bonne gouverne. Pour cela les parents eux-mêmes doivent bâtir un foyer heureux où règne l’amour. Ils doivent être disponibles et permettre à l’adolescent de grandir. En effet, l’adolescent doit se défaire de ses premiers objets d’amour que sont les parents pour pouvoir s’attacher plus tard, dans le mariage à un contemporain (hétéro sexualité). Il doit apprendre à assumer des responsabilités dans les divers domaines de la vie et accepter d’assumer les conséquences de ses actes. Les autres adultes, particulièrement les professeurs peuvent l’aider en valorisant ses aspects positifs, en ayant des comportements justes, en reconnaissant leurs erreurs pour lui permettre de se remettre en question.
L’adolescent a souvent un comportement ambivalent qui montre son instabilité et sa quête d’aide ; mais il veut la discrétion. Il appartient aux adultes de lui offrir les possibilités de s’épanouir en lui permettant de nouer un dialogue constructif ce qui va le dissuader de se laisser aller par son imagination ou de chercher à se faire remarque par un comportement anti social.
CONCLUSION
L’adolescent est une période un peu difficile du fait que l’adolescent cherche à se libérer de la tutelle adulte ; mais si l’enfant s’est senti accepté et aimé par lui-même et si
l’adolescent sent que chacun est disposé à l’aider, cette période se passera sans crise intempestive. Même sa relation avec Dieu ne sera pas remise en question. Mais si l’adolescent se sait non aimer, même Dieu sera rejeté, à fortiori parents et enseignants.


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